La dynastie

des

Van Blarenberghe

De 1600 à 1864

 Van-Blarenberghe

Famille de peintres et miniaturistes à Lille et Versailles

Lors du rattachement de Lille à la France en 1668, les Van Blarenberghe, d'origines flamandes, deviennent français.

Dès 1680, et pendant plus d'un siècle, les Van Blarenberghe donnent l'exemple d'une dynastie familiale, comme les Parrocel ou les Vernet à Avignon.

Ils vont connaître leur notoriété par la venue d'un de leurs membres à Paris.

http://www.decroixvaucottes.com «  Les annales humaines se composent de beaucoup de fables mêlées à quelques vérités : quiconque est voué à l'avenir a au fond de sa vie un roman, pour donner naissance à la légende, mirage de l'histoire. » [Alphonse de Châteaubriand]

Il était une fois une famille très chrétienne, répandue dans les Flandres, mais restée solidaire au cours de cette expansion, jusqu’à nos jours. Son nom est Ente. Le plus ancien que nous connaissions fut François, qui épousa, en 1523 Catarina Bolles. Nous savons que leur lieu de résidence était Nieuwkerke, en Flandre occidentale, car leur fille Maria y épousa trois maris. A vrai dire, le deuxième élu périt à Frankenthal. Ceci est assez étrange, car cette ville du Palatinat n’est pas seulement connue pour le bon vin du Rhin ou de la Moselle que l’on peut y déguster en choquant son verre à celui du voisin, avec un joyeux « Zum Wohl ! ». C’est aussi la patrie de deux grands esprits qui ont révolutionné le monde : Gütenberg et Karl Marx. Mais, à l’époque où nous nous situons, Frankenthal fut avant tout un des centres les plus exacerbés de la Réforme et un refuge pour les protestants de nos contrées au moment des guerres de religion. Ce fut un des exploits de Louis XV de massacrer la totalité de la population au nom de son Dieu de bonté.

Comme ces guerres ont eu une influence importante sur l’histoire que je vous conte, il faut nous y attarder un instant. Le début du 16ème siècle connut la révolte de Luther contre cette manœuvre assez ignoble de l’Église, qui remettait les péchés des fidèles contre espèces sonnantes. Ce fut ce qu’on appela le ‘trafic des indulgences’. Luther soutenait que Dieu seul pouvait pardonner et qu’il n’était pas admissible que le Pape se prenne pour Dieu et en profite pour s’enrichir. Cette contestation fit tache d’huile et il en résulta la Réforme et la création d’une constellation de sectes protestantes. Les Pays-Bas furent particulièrement séduits par les nouvelles doctrines venues d’Allemagne, qui ne tardèrent pas à se répandre en France, par l’entremise de Calvin. La répression ne pouvait manquer au sanglant palmarès de l’Église Catholique. En France, on le sait, il y eut huit ou neuf ‘Guerres de Religion’, qui consistaient en massacres de populations entières au nom de la Foi. Mais, aux Pays-Bas, ce fut encore pire. Philippe II d’Espagne, fils de Charles Quint, le Gantois, dépêcha dans sa province du Nord l’abominable duc d’Albe. Ce dernier réussit à maintenir au sein de l’Église la partie sud du pays, en assassinant tous les opposants. Ce fut une marée de sang. Seules les provinces du Nord résistèrent en s’unissant sous le commandement du stathouder Guillaume d’Orange, dit ‘Le Taciturne’. Cette expédition fut si révoltante que Philippe II finit par rappeler le duc, en 1578, et le bannit. À vrai dire pas pour longtemps, car il jugea le duc apte à renouveler ses exploits au Portugal deux ans plus tard. Le gouvernement des Pays-Bas, fut confié un moment à don Juan d’Autriche, puis à un pâle Luis de Requesens, et échut enfin à Alexandre Farnèse.

Cette parenthèse m’a permis d’installer le décor dans lequel mes personnages vont évoluer. Vous aurez compris comment une fille de la Flandre Occidentale pouvait se trouver réfugiée à Frankenthal, en Rhénanie, en suivant l’élu de son cœur qui avait opté pour la réforme.

Mais notre François Ente, marié au début de la tourmente, eut aussi un fils François, qui eut un fils François, qui fut le père de Christine, née en 1587. Ainsi, cette famille bourgeoise évolua-t-elle dans le ronron de la petite ville de Nieuwkerke, située un moment à l’abri des tueries. Mais ce coin de Flandre recueillit entre-temps son contingent de réfugiés et c’est par l’un d’eux que la petite Christine [Kristineke] entreprit de créer notre lignée.

Coolen est un patronyme des provinces du nord qui s’incrustèrent dans le protestantisme. Beaucoup des membres de cette famille se consacrèrent au métier de batelier. N’oublions pas que ce pays est constitué du delta de trois fleuves qui furent très tôt reliés par une dense structure de canaux, entre lesquels tournèrent des moulins à vent. C’est cet entrelacement de cours d’eau qui protégea l’existence de ce peuple contre les chercheurs de frontières naturelles. Car on sait que les Néerlandais sont les plus piètres guerriers de la planète. Dans les conflits d’autrefois, plutôt que de se battre, ils s’enfermaient dans les villes jusqu’à en crever, tentant de lasser les assaillants. Ceci dit, ils furent toujours les rois des eaux, douces ou salées, tant qu’il n’y avait pas bataille. Ce sont ces marins qui constituèrent le clan des Gueux, qui s’allièrent à Guillaume d’Orange.

Abram Coolen appartenait, comme son prénom biblique le montre, à cette famille protestante. Batelier perdu dans la région de la Lys, coupé de ses arrières par la guerre, il séjourna à Nieuwkerke et, comme il avait un caractère égrillard, il séduisit et épousa une bourgeoise du lieu, Marie Dezoutere, en 1596, puis Marie Zwijnghedaus en 1598. Nul ne sait comment il s’en est débarrassé, chaque fois après un an. Toujours est-il qu’en 1600, il se trouva dans l’obligation d’épouser la petite Christine Ente qu’il avait violée à l’âge de 11 ou 12 ans et qui était prête à accoucher. Il trouva bon de conserver cette épouse-ci et lui fit 5 enfants. Deux filles devinrent nonnes et un garçon se fit capucin. Cela traduit bien la dévotion étroite qui caractérisait la famille Ente. On se demande si ces rejetons d’une mère-enfant n’ont pas voulu expier la faute des parents. Mais, à chenapan, chenapan et demi : un deuxième fils finit ses jours au bagne des Indes Orientales. C’est la troisième fille qui nous intéresse : Marie, tout simplement. Vertueuse, mais pas insensible au charme masculin, Marie Coolen naquit en 1609 et nous la mettrons en réserve, car elle fut notre ancêtre.

Entre-temps, les choses se sont gâtées dans ces Pays-Bas espagnols. Une trêve, que l’on appelle la ‘Pacification de Gand’ avait été conclue grâce au Taciturne [Willem de Zwijger], permettant aux catholiques et aux protestants de célébrer leurs cultes et de vivre en paix. Malheureusement, on introduisit un Français dans le coup, le duc d’Alençon, frère du Roi de France Henri III, à qui on offrit le gouvernement. Il s’installa à Anvers où ses petits complots finirent par agacer tout le monde et par inspirer à Farnèse, qui s’était planqué près de Namur, le désir de reprendre les choses en main. Ses mercenaires étaient des tueurs à gage qui baignaient dans le sang depuis 20 ans. Ils lancèrent des escarmouches dans les régions pacifiées et s’emparèrent, en 1582, de la petite ville de Lierre, où ils massacrèrent une grande partie de la population, sans distinction de religion. C’est ainsi que les armées de l’époque se payaient par le pillage.

Je voudrais ici ouvrir une parenthèse de plus. Dans ces temps lointains, les frontières, telles que nous les concevons n’existaient pas. Le monstrueux nationalisme n’est né qu’au 19e siècle. Les Seigneurs régnaient sur leur fief, divisé en baillages. Ils s’inféodaient à un suzerain, prince ou roi. Les limites territoriales de leurs ‘terres’ étaient totalement aléatoires et variables au cours du temps. Elles avaient plutôt les contours d’une pièce de puzzle, avec de nombreux satellites. C’est pourquoi un seigneur pouvait avoir une terre située en plein milieu des terres du voisin. Tout dépendait des alliances et des héritages.

Ainsi, les vaillants assassins délégués par Philippe II pour réprimer la Réforme dans ses terres des Pays-Bas, furent le très espagnol duc d’Albe, qui remplaça à la gouvernance l’italienne Marguerite de Parme, née à Oudenaarde. Puis vint Requesens, un Catalan. Ensuite, nous avons eu Don Juan d’Autriche, né à Ratisbonne, en Bavière, qui céda la place à Alexandre Farnèse, né à Saint-Vaast, près d’Arras, mais duc de Parme. Notez que plusieurs de ces messieurs-dames étaient le fruit des spermatozoïdes de Charles-Quint, qui les semait volontiers et qui, lui, était né à Gand. Et l’adversaire de tout ce beau monde ? Guillaume d’Orange-Nassau. Son nom nous dit tout : la principauté d’Orange est située dans le Midi de la France, près d’Avignon, et Nassau est en Rhénanie où il est né. Il avait aussi des domaines aux Pays-Bas et vivait en Espagne. Il fut nommé ‘Stathouder’ des Provinces Unies par Charles Quint. Ce dernier, faut-il le rappeler, est issu du mariage de Philippe le Beau et Jeanne de Castille, qui fut célébré à Lierre, mais oui ! C’était le beau temps où les rois de France confiaient la gestion du pays à un Italien comme Mazarin ou à un Suisse, comme Necker !

C’est au cours du sac de Lierre que la famille van Blarenberghe fut décimée. Seuls survécurent deux petits garçons, Abram et Jean et leur mère Pascaline. Ces derniers étaient sans doute en visite dans leur famille malinoise, ce qui leur permit d’échapper à la mort et de se sauver vers la marche française, pour pouvoir se mettre à l’abri en passant la ligne à la première alerte. Ils aboutirent ainsi à Belle [Bailleul], petite ville flamande où ils étaient assurés de pouvoir parler leur langue. Pascaline acheta une maison et se consacra à y élever ses enfants dans la Foi réformée, qui avait droit de cité à Bailleul.

Arrivé à l’âge adulte, Abram alla s’installer à Moerkerke, près de Gand, où il épousa Jeanne Vincent et eut beaucoup d’enfants qui se disputèrent sur le plan religieux, car certains acceptèrent de se tourner vers un papisme opportuniste. Cette branche fut sans histoire et s’éteignit en douceur, en tombant en quenouille.

Reste Jean van Blarenberghe. Il ne nous en faut pas plus. C’est l’histoire de sa descendance qui nous intéresse. En 1600, il épousa une jeune fille de la bourgeoisie de Bailleul, Suzanne Liebaert, dont le frère était médecin et le père était peintre et doreur, d’après ses factures. Ce dernier fut à l’origine de l’introduction de l’art dans cette famille. Sa délicate profession consistait à orner les riches bâtiments et particulièrement les églises, et à travailler avec les orfèvres et les carrossiers. C’est cette connivence avec le voiturage qui décidera de nombreuses destinées familiales. Car si l’on n’a pas toujours une église ou une pièce d’orfèvrerie à dorer, par contre la carrosserie donnait du travail à l’année, en collaboration avec les peintres d’armoiries ou d’ornements. Le doreur lui-même maniait volontiers le pinceau à côté du touchau. Les riches faisaient dorer même le licou de leur cheval et ses clochettes ou grelots. Et n’oublions pas que les livres aussi étaient dorés sur tranche ou sur titre. Ce métier s’avérait extrêmement varié. Ainsi, les belles dames du temps jadis faisaient travailler le doreur sur leurs vêtements ou leur coiffure. La dorure sur bois et sur cuir, en particulier sur mobilier, était le travail du quotidien et un art demandant un grand talent, apparenté à l’enluminure qui, elle aussi faisait appel aux doreurs. Les peintres les chargeaient de faire briller la couronne ou l’auréole d’un de leurs personnages. Quant aux icônes, elles étaient en général totalement leur œuvre.

Mon incursion dans le domaine de la généalogie m’a montré que la plupart des gens, même spécialisés, n’arrivaient que difficilement à s’intégrer dans une époque reculée. Intoxiqués par l’odeur du pétrole, ils ont peine à entrer dans une ville ancienne où dominaient deux parfums : la fumée de bois et le crottin de cheval.

Mais revenons à Jean et Suzanne qui se mirent directement à l’ouvrage et produisirent des enfants à la chaîne, comme cela se pratiquait alors. Il y eut 9 rejetons connus, dont le premier naquit 12 jours après le mariage. Ceci aussi relève d’une coutume du temps. Rares étaient les mariages dont les élus n’avaient pas fait Pâques avant les Rameaux. Ceci me pousse encore à une réflexion. Allons, courage ! Faisons quelques pas en arrière et tâchons d’assimiler l’esprit d’autrefois. Dans tous les ménages, le premier enfant était celui dont l’ascendance paternelle était le plus douteuse. Les filles se mariaient enceintes pour la plupart ou après un accouchement dont le fruit était souvent mort, tout simplement parce qu’on lui avait tordu le cou. Il ne nous faut pas être trop sévères dans nos jugements. Il faut au contraire tenter de nous placer dans une famille de l’époque et d’observer la vie qui nous entoure.

‡…Il est logique qu'un des crimes les plus gravement sanctionnés soit l'avortement - bien qu'il soit aussi l'un des plus courants - avec l'infanticide... L'époque invente l'obligation pour les femmes de déclarer leur grossesse - déjà sous Henri II, qui rend en février 1566 un des édits les plus terroristes de l'ancienne législation française dont voici un extrait :

"Etant dûment avertis d'un crime très énorme et exécrable fréquent en notre royaume, qui est que plusieurs femmes ayant conçu enfants par moyens deshonnêtes (...) déguisent, occultent et cachent leur grossesse (...) et advenant le temps de leur part et délivrance de leur fruit, occultement s'en délivrent, puis le suffoquent et meurtrissent (...) sans leur avoir fait impartir le saint sacrement du Baptême,(il est décidé) que toute femme qui se trouvera dûment atteinte et convaincue d'avoir celé et occulté, tant sa grossesse que son enfantement sans avoir déclaré l'un ou l'autre (...) soit telle femme tenue et réputée d'avoir homicidé son enfant, et pour réparation punie de mort et dernier supplice." [D’après Séverine Auffret]…‡

L’espace de vie était plus qu’exigu ou souvent inexistant. Ceux qui s’appellent Dufossé, Delfosse, Vandergracht ou Delrio descendent de ces gueux que l’on nommait des ‘chemineaux’ et qui dormaient dans les fossés bordant les routes. Mais ceux qui avaient le bonheur d’être couverts d’un toit ne jouissaient, la plupart du temps, que d’une seule pièce, voire un galetas, où vivaient trois générations. Les parents avaient souvent droit à un lit encastré muni d’un rideau qui couvrait la vue des étreintes, mais non leur sonorité. En dehors de ces moments de transports passionnés, ils prenaient quelques-uns de leurs plus petits enfants dans leur lit, souvent au pied. Les autres et la grand-mère survivante dormaient sur des paillasses, que l’on ramassait et entassait dans le lit conjugal pour la journée. Les accouchements se passaient en famille et sans pudeur inutile [Lavis d’un van Blarenberghe]. Parfois, il y avait deux pièces et on entassait les enfants dans l’une d’elles. C’est là qu’ils devenaient adultes, dans une promiscuité complète. On peut dire que l’inceste était plutôt la règle qu’un accident.

Oui, il faut se représenter tout cela et ne pas raisonner comme si tous nos anciens étaient de riches bourgeois ayant pignon sur rue. Les bourgeois eux-mêmes vivaient très généralement dans des immeubles ‘de rapport’, très à l’étroit. Quant aux paysans, qui formaient la grande majorité de la population, ils consacraient la place au bétail et au foin et vivaient en tas.

Voilà pourquoi on peut affirmer qu’en ces temps, le premier enfant était le plus douteux. Quand une fille se rendait compte qu’elle était enceinte, elle couchait vite avec le fils du voisin pour lui endosser la paternité. Ou bien, le voisin célibataire qui lui pinçait les fesses acceptait la situation.

Il faut rappeler ici que l’enfant tardif était souvent suspect, dans une moindre mesure. Soit que la mère fraîchement ménopausée [avant 40 ans à l’époque] se soit permis quelqu’écart tant qu’elle se sentait encore fraîche et, dans l’excitation, ait pondu un œuf attardé, soit qu’une mère encore jeune ait déclaré à son compte l’enfant clandestin de sa fillette. J’ai rencontré les deux cas à l’époque contemporaine, mais je pense que la pilule aura permis, en Occident, de mieux régler ces problèmes. Notez que si l’on fait de nos jours moins d’enfants, ce n’est pas seulement parce que les femmes travaillent. Elles l’ont toujours fait et durement. C’est surtout parce que la pilule rend les petites fantaisies gratuites.

Parmi les mœurs sauvages de nos aïeux, il faut en rappeler d’autres. Quand une épouse était fatiguée d’être toujours enceinte et constatait qu’il n’y avait plus place pour un nouveau venu, elle faisait appel à la faiseuse d’anges, qui était en général la sage-femme elle-même. Il y avait aussi les bonnes herbes, les ‘simples’, plus dangereuses. Ces dernières pouvaient, à l’occasion, résoudre le problème en supprimant le mari.

Celui qui dirait, en me lisant, que ce portrait est trop noir montrerait ainsi son manque de culture. Il lui faudra lire les récits de l’époque. Ce fut un temps où donner la vie ou la mort était de pratique quotidienne ; où le poison était d’emploi banal, au point que les Papes eux-mêmes y avaient recours ; où la maladie n’avait pas de remède sérieux et les médecins tuaient plus qu’ils ne guérissaient ; où les épidémies ou les famines décimaient la moitié ou les trois quarts des habitants d’une région ; où les villes construites de bois flambaient ; où les guerres continues se soldaient par des massacres systématiques. La violence était banalisée comme elle commence à l’être de nos jours.

Les mères célibataires qui ne trouvaient pas preneur avaient, dans certaines villes, recours à la tourière qui recueillait, dans les couvents, les nouveau-nés déposés dans le tourniquet. Mais dans les villes et les villages gambadaient des bandes d’enfants abandonnés. Ils furent souvent les héros de la littérature du temps. Il n’y eut pas qu’Uylenspiegel ou le petit Poucet.

Tout ceci pour donner un autre tableau de fond à la vie de nos personnages.

Soyez rassurés, je reviens à eux. Jean et Suzanne [un prénom biblique non-usité chez les cathos] firent donc des enfants. Mais de quoi vivaient-ils ? Il est évident que Jean entra dans l’entreprise de son beau-père et devint un doreur travaillant beaucoup sur carrosse, en rapport constant avec les constructeurs de véhicules, charrons, menuisiers, forgerons, charretiers. Son beau-père avait un ami transporteur, Blaise van Ryssel, dont le fils, également prénommé Blaise, fréquentait d’autant plus assidument Jean, devenu bourgeois de Bailleul, qu’il était un peu amoureux de Suzanne. Puis Jean tomba malade et mourut en 1614. Il n’avait pas quarante ans. Blaise, qui n’attendait que cette occasion, épousa Suzanne en février 1615. Ils vécurent parmi les chevaux et fréquentèrent tous les milieux qui en faisaient usage.

Au moment du deuxième mariage, Suzanne attendait son neuvième enfant. Il est impossible de savoir qui, de Jean ou de Blaise en était le père, mais il fut baptisé Jooris [Georges] van Blarenberghe, en 1615. Je crois personnellement qu’il fut bien le fils de Jean, car il était porteur d’une tare génétique rare, que l’on retrouve dans les autres branches de la famille, y compris dans la descendance d’Abram, dont elle a précipité la disparition. Cette tare est responsable, outre d’un nombre étonnant de naissances gémellaires, d’une létalité considérable des portées simples ou doubles.

Jooris grandit entre deux influences complémentaires, celle de son grand-père maternel au niveau de l’art et celle de son parâtre dans le domaine de la traction chevaline. Il n’y a donc rien d’étonnant au fait qu’il ait été attiré, dès l’enfance, par l’ornement des véhicules et qu’il ait fait de la peinture des carrosses son métier. Au début, sans doute, n’a-t-il appris à peindre des fioritures que dans le temps libre que lui laissait le charroi. Mais, avec l’aide de son grand-père, il ne tarda pas à acquérir le tour de main du peintre et à réaliser le dessin, à vrai dire fort simple, des armoiries sur les portières. Il se fit ainsi une certaine réputation que, par erreur, une tradition familiale attribue à sa descendance, alors que son fils a été accepté à la maîtrise comme peintre et poursuivi en justice en tant que miniaturiste.

Un épisode de la vie de Jooris nous est connu. Cela se passe au décours de la guerre de trente ans. Rassurez-vous, je n’ai pas l’intention de vous raconter celle-ci. C’est si complexe que même les spécialistes s’y prennent les pieds et je vous avoue que je n’y ai jamais rien compris. Pour ce qui nous intéresse, alors que Louis XIII était en train de se pâmer en crachant ses poumons et que Richelieu attendait sa dernière heure en baignant dans la diarrhée qui devait l’emporter, ce dernier réussit, en 1639, à réunir une armée pour reconquérir les villes du Nord, occupées par les Espagnols. Ceux-ci donnèrent l’ordre de mobiliser tous les hommes valides pour défendre les Pays-Bas. De Bailleul, ils exigèrent 4.000 hommes, plus que la population mâle. Jooris et son frère aîné François furent mobilisés et, détail amusant, ils figurent plusieurs fois sur les listes, pour faire nombre.

Mais qui était ce frère ? Je vous ai déjà donné un exemple du manque d’imagination de l’époque qui menait à appeler François une kyrielle de descendants. Ce fut le cas ici encore. Ce François, après avoir eu des jumeaux et quelques autres morts en couches, eut un fils François, qui s’empressa de se donner un fils François-Guillaume. Ce dernier, un brouillon, devint chanoine de la cathédrale d’Ypres et se préoccupa de prouver son origine de petite noblesse flamande en faisant enregistrer son écu. Si on en croit la tradition et les documents, il fut le mêle-tout de la famille. Son frère et deux de ses sœurs prirent également le voile ou la soutane. Seule Adrienne, la cadette, s’envoya deux maris. Mais en plus de toutes ces saintes gens, il y eut trois grossesses gémellaires successives et deux autres naissances, tous morts en couches.

Jean et Suzanne eurent un troisième enfant survivant, une fille, Ghislaine, qui épousa un échevin issu de la haute bourgeoisie de Bailleul, le magistrat Joos Deheere,. La nomenclature de leur descendance est mal établie, mais on ne s’étonnera pas de constater que, sur huit enfants connus, on trouve, en succession, trois Jacques, ce qui montre que la tare n’était pas absente. Quand elle eut enterré son mari, Ghislaine, suivant la coutume, se remaria avec rien moins que le Seigneur et Maître du lieu, Jean Cauwersijn. De ces deux mariages, il lui échut de plantureux héritages dont le partage donna lieu à de furieuses contestations, assez peu compréhensibles pour une intelligence contemporaine. Ce fut son petit-neveu, le chanoine François-Guillaume qui mit le feu aux poudres. Je vous ai dit qu’il était avide de notoriété, car il fréquentait la haute bourgeoisie d’Ypres. Il fit donc enregistrer son blason, mais il lui fallait aussi le nerf de la guerre pour garder son rang. Or, il avait un esprit chicanier qui l’incita à procéder pendant des années, sous prétexte que des biens vendus par un tuteur pour le compte d’autres héritiers n’avaient pas été pris en compte à leur juste valeur. L’embrouille pour quelques doublons d’Espagne.

Mais revenons à notre lignée, c’est à dire à Jooris. C’est dans sa descendance que la malédiction des van Blarenberghe eut sa traduction la plus tragique : une véritable hécatombe. Nous ne savons pas en quelles circonstances il rencontra Marie Coolen, dont nous avons raconté l’origine plus haut. Elle vivait à Nieuwkerke, très proche de Bailleul, dans une pieuse famille de porte-soutanes. Le couvent ne l’avait pas tentée, mais peut-être y a-t-elle préféré l’enseignement, car elle nous apparaît fort instruite, comme toute sa fratrie. Je la vois très bien en institutrice, conservant sa vertu jusqu’à près de trente ans. Née en 1609, elle épousa Jooris en 1637 et, chose exceptionnelle pour ce temps, elle ne mit au monde son premier enfant que deux ans plus tard. Elle manifesta son haut degré de culture en tenant un journal méticuleux de ses grossesses et de ses échecs. Elle mit quinze enfants au monde, dont quatre morts en couches et trois grossesses gémellaires également létales. Finalement, il resta trois adultes valides, car une jeune fille fragile mourut à 17 ans et une petite fille anormale, confiée à une institution charitable, mourut en bas âge.

C’est vraisemblablement à l’instigation de Marie que Jooris et elle entreprirent des recherches généalogiques en 1665, en se basant principalement sur la visite des cimetières. Il faut se rappeler que Jooris était un enfant posthume et, quoiqu’il ait entretenu des relations très suivies avec son frère et sa sœur, il devait avoir le désir de retrouver ses assises génétiques. Il avait 50 ans à l’époque et l’on peut penser que ses enfants l’ont encouragé et aidé dans sa recherche. Ses garçons avaient 24 et 19 ans. C’est eux qui, plus tard, toujours sous l’impulsion de leur mère, entreprirent de confier au parchemin les premiers arbres généalogiques de la famille. Nous y reviendrons.

L’aîné des survivants, Jean-François, né en 1641, suivit un bon enseignement sous l’impulsion de sa mère et se consacra au dessin et surtout à la calligraphie. Il était d’un comportement exubérant, nous confie la spécialiste de l’histoire de cette famille, Annie Delatte, et il prit rapidement un ascendant protecteur sur son frère Henri, de cinq ans son cadet, handicapé, dont le caractère était plutôt timide, voire renfermé. J’ajouterai que les péripéties de la vie de ce couple incitent à penser que leur union fut intime.

Leur sœur Hélène est née en fin de série, en 1652. Elle fut gouvernante dans un château, ce qui explique son mariage tardif, à près de 40 ans, avec un membre de la petite aristocratie flamande, Pierre vande Sompel. Il n’est pas certain qu’elle ait gardé son innocence jusque là, mais on ne lui connaît pas d’enfant. Pierre et Hélène placèrent leurs économies en achetant une maison à Fontainebleau, où ils s’établirent. Pierre appartenait à une famille de juristes et sa pratique se situait à Paris.

 

Celui qui est dans notre lignée, c’est Henri. Dès l’enfance, il seconda son père dans son art et s’avéra doué pour le fignolage des détails et la représentation de personnages. Il fit son métier de la peinture et devint un habile miniaturiste, le premier de la dynastie. Ce qu’il y a de désolant, est que les personnages ornant un carrosse ou un mobilier ne peuvent qu’être éphémères. Il ne doit rester que quelques bas de vitrines ou de secrétaires datant de cette époque et il est douteux qu’ils portent une signature. De même, les miniatures étaient généralement des portraits en médaillon, dont on connaît le triste sort quand la personne représentée n’est plus reconnue. Certains marchands spécialisés peuvent vous en vendre à la douzaine. Ces portraits sont devenus anonymes et ont, de ce fait, perdu tout intérêt, hors le cadre doré.

Jooris mourut en 1670. Ses inséparables fils allèrent quérir fortune à Lille. Bailleul était trop petit pour eux. Leurs débuts furent piteux. Ils vivaient ensemble dans une chambrette donnant sur cour. Mais, Jean-François trouva assez vite à s’employer comme écrivain public, alignant les belles rondes et les fioritures et ornant les lettres de dessins suivant les vœux de ses clients. Henri eut plus de mal à s’imposer. Il était surtout peintre sur objets et travailla peut-être pour la faïencerie proche de son logis. Il donna sans doute quelques leçons de dessin ou de peinture car, à ma connaissance, pour obtenir la maîtrise qu’il a sollicitée et obtenue sous condition, il faut déposer un chef d’oeuvre, tout le monde sait cela, mais il faut aussi justifier du fait d’avoir eu un apprenti. C’est même le point principal. Et il est exigé d’avoir été, soi-même, apprenti puis compagnon. C’est pourquoi les maîtres étaient rares : en peinture, une vingtaine pour l’agglomération lilloise, alors que les peintres y foisonnaient.

Si nous avons la certitude que notre artisan était suffisamment sûr de son art pour postuler la maîtrise, nul n’a eu l’audace, jusqu’à présent, de lui attribuer une œuvre. Sans doute n’a-t-il pas signé, en sorte que personne ne connaît son style et ne se risquerait à lui prêter la réalisation d’une quelconque œuvre anonyme. Il ne faut pas désespérer. Il suffirait peut-être qu’un amateur éclairé se donne pour tâche d’enquêter sur les tableaux ou miniatures traînant dans les quartiers de Lille, pour qu’une découverte soit faite. Mais cela relève plutôt de l’archéologie. C’est pourtant ce que firent Jal ou Quarré-Reybourbon, alors que les peintres van Blarenberghe avaient bel et bien été enterrés par l’histoire. Avez-vous un demi-million d’Euros pour vous payer une de leurs œuvres aujourd’hui ?

Vous trouverez plus loin une explication à propos des deux noms que j’ai cités.

En 1677, Marie Coolen vint rejoindre ses fils et s’installa avec eux. La conversation roula sur les origines de la famille. Marie avait apporté les résultats de l’enquête de 1665 et suggéra de les compléter. Un premier tableau fut établi, laissant des blancs pour les incertitudes et les ignorances. Il était basé sur les documents et les souvenirs de Marie et faisait une large place à sa progéniture. Il y eut dans celle-ci un décalage d’une année, qui rendait la naissance d’Henri impossible, mais nul ne le remarqua.

L’abbé François-Guillaume, lors d’une visite à ses oncles, peut-être pour leur annoncer son accession à la prêtrise, vit le travail des frères et prétendit le compléter. Là où l’en-tête racontait la fuite des deux petits garçons [Abram et Jean] de Lierre vers Bailleul, il barra ‘deux’ et écrivit ‘trois’ en marge et il fit ajouter une Catherine Blauwenberghe et sa descendance très approximative, dans un coin perdu. Il avait trouvé cette usurpatrice dans le relevé des bourgeois de la ville d’Ypres, où il officiait comme diacre à la cathédrale. Elle avait épousé un Dewulf ou Deleu, il ne savait plus exactement. En passant, il ajouta aussi le prénom d’un descendant d’Abram van Blarenberghe : ‘Cornelis, si j’ai bonne mémoire’. Enfin, il veilla à ce que sa dévote famille occupe une place importante, refoulant vers la droite la descendance d’Henri. Ce premier tableau généalogique est, en majeure partie, de la main d’Henri. Un nouveau tableau fut engagé, supprimant les mort-nés, ce qui donna la place d’ajouter Catherine et de mettre la famille du curé plus à l’aise. Ici, Henri commença par écrire le nom de son grand-père, pour en faire partir les jambages vers les écussons des descendants. N’étant pas sûr du prénom, il inscrivit ‘. . . . van blarenberghe’ tel qu’il signe lui-même, d’une écriture ascendante, en sorte que, très curieusement, celui qui a ajouté un en-tête, d’une tout autre écriture, a dû tasser son texte vers le haut pour surmonter cette dérive.

Il existe encore deux autres tableaux. L’un est visiblement un brouillon résultant de l’interrogatoire de Marie Coolen sur sa propre ascendance, évidemment réduite à son père et quelques réminiscences des origines Ente de sa mère. Elle y ajoute ce qu’elle sait de sa fratrie. Étrangement, il apparaît à l’évidence que la personne qui a rédigé ce texte n’est pas de la famille, à considérer le nombre d’erreurs d’orthographe des noms et, en particulier, la tendance à vouloir écrire obstinément ‘vande…’, puis à barrer pour reprendre Coolen. Peut-être le gendre Vande Sompel ? Ou une main mercenaire… Car plus d’un est appelé ‘le seigneur Untel’.

Un quatrième tableau, qui n’est détaillé que sur Marie Coolen, nous donne l’arbre généalogique des Ente. Il est nettement postérieur aux autres, paraît résulter des renseignements pris dans le précédent et pourrait être l’œuvre d’une femme. Hélène ?

 Cette chère Marie Coolen rendit sa belle âme au Seigneur le 9 septembre 1685.

Il arriva un moment où Jean-François fut las de devoir courir partout pour veiller sur son frère et l’entretenir. Il était probablement malade. La tuberculose, cette tueuse lente, ravageait les villes à l’époque. Il décida de marier Henri. Ce n’était pas facile, car ce dernier était un peu sot et probablement difforme. C’est dans les milieux du cheval, qu’il continuait à fréquenter, que Jean découvrit un sellier de Courtrai, Jules Verkampt, qui n’arrivait pas à caser sa fille de 31 ans, Jaklenne, probablement pas belle non plus. Le mariage eut lieu, amenant une jolie dot, le premier décembre 1690. Henri, dans le contrat, fut déclaré marchand-peintre. Il avait 44 ans. Notons en passant que ceux qui en font un simple « peintre de carrosse » commettent une grossière erreur, car l’acceptation de sa demande de maîtrise et sa reconnaissance en tant que miniaturiste en font un artiste au plein sens. Jaklenne s’affaira immédiatement à se créer une postérité. Le 21 octobre 1691 naquit l’illustre Jacques-Guillaume. Et c’est ici que le doute s’introduit. Car, dans la postérité de ce dernier, la malédiction qui signait la paternité des van Blarenberghe a disparu. Il y a bien eu 10 mois entre le mariage et sa naissance, mais ce n’est pas une garantie valable. Chaque chrétien a la faculté d’ondoyer son enfant et de le faire baptiser quelque temps après, le certificat de baptême faisant foi à l’époque. Les deux enfants suivants ne naquirent que 4 et 5 ans plus tard et étaient ratés. Si j’écrivais un roman, je vous raconterais que Jaklenne, lasse de promener sa vertu, avait cédé à l’amour d’un homme qui ne pouvait l’épouser [pourquoi pas son père ?]. Dans son inquiétude, son père lui acheta précipitamment un mari de convention, portant son choix sur un être un peu monstrueux et fruste, mais de bonne composition. Après le premier enfant, issu de l’amour, elle ne céda à son triste époux que quatre ans plus tard, pour se heurter à la tare des van Blarenberghe. Un épisode amusant et qui conforte mes suppositions est que, alors que le prix d’achat du mari était convenu devant notaire, ce dernier fut sorti du lit à la première heure le jour des noces pour établir un avenant reprenant les apports de Henri à la communauté, tout à fait insignifiants, car il n’avait que ses pinceaux. Il semble évident que les femmes ont fait une histoire parce que le « traité » s’apparentait trop évidemment à un achat de mari. Il fallait une contrepartie, fût-elle virtuelle.

Enfin, Jaklenne mit au monde, le 21/09/1697, Marie-Claire Hélène.

Nous devrons certainement nous intéresser quelque peu au curriculum de cette dernière. Je le fais sur la pointe des pieds. Sa mère Jaklenne mourut en 1710 et son père Henri suivit celle-ci rapidement dans la tombe, en 1712. Marie-Claire avait 15 ans et son frère 21. Ce dernier, quoique mineur, la majorité étant fixée à 25 ans, devint ainsi chef de famille. Son oncle Jean-François s’était éteint, ‘jeune-homme’, en 1704.

À la mort de son épouse, Henri avait engagé une petite servante picarde, Marie-Claire Delemotte, qui fut probablement celle qui apporta un rudiment de langue française dans cette famille dont le flamand est resté la langue d’usage jusqu’au 19e siècle. Toutefois, comme elle était analphabète, elle ne put transmettre qu’une langue purement orale, en sorte que les écrits en français de ses descendants sont un charabia innommable. Il arriva un jour qu’elle se trouva enceinte par la grâce d’on ne sait qui. Sans doute pas du fait de Jacques, car celui-ci se contenta de garder la prégnante à son service. Il ne l’épousa qu’après que l’enfant fut morte. Étouffée ? On doit pourtant, en passant, se demander comment Jacques et Hélène, tous deux largement mineurs, avaient été mis sous tutelle.

Ce que devint Marie-Claire Hélène est difficile à démêler. Elle a vécu un moment en compagnie de sa belle-sœur Marie-Claire, ce qui devait donner lieu à des quiproquos. Puis nous ne la suivons plus mais il est possible qu’elle ait donné naissance à un enfant illégitime, qui fut baptisé du nom de Jean-Paul Morel(t). L’aurait-t-elle mis au monde à Paris, comme il l’a prétendu, ou plutôt à Lille ? Tout ce que nous savons, c’est qu’une famille de peintres du nom de Morel habitait non loin des van Blarenberghe et les fréquentait. Quoiqu’il en soit, l’enfant aurait été confié en nourrice à Marie-Claire Delmotte, qui l’aurait élevé avec les siens, lesquels l’ont toujours considéré comme un frère. Il est possible que ce fils de personne ait ajouté fièrement le nom de sa mère au sien pour s’appeler, plus tard, Jean-Paul Moret de Blaramberg. Nous verrons que les papiers officiels qu’il portait quand il vint habiter la Suisse étaient au nom de Paul Morel, nom qu’il porta et que porta son épouse, mais la métamorphose prit corps petit à petit et se fixa en Allemagne. Quant à sa présumée mère, M.C. Hélène, elle préféra disparaître, car la vie d’une mère célibataire était une tragédie à cette époque. On ne la retrouve que bien plus tard à Bruxelles, aux funérailles de son mari Philippe Lemeter, le 4 septembre 1752, dont le nom se transforma, à cette époque, en Lemaistre d’Anstaing, par achat du château.

En poussant un peu l’enquête et en se permettant des conjectures, on découvre, d’une part, que Paul Morel, lorsqu’il se maria en Suisse, déclara être le fils d’un Louis-Simon Moret, être originaire de Lille, mais être né à Paris. Or, l’experte Annie Delatte a découvert un peintre parisien ayant vécu à cette époque et portant ce nom de Louis-Simon Moret. Une source nouvelle à transformer en puits ?

Jacques, le frère de Marie-Claire, tombé dedans quand il était petit, devint un peintre doué d’un certain talent qui fit la réputation de la famille. Ce n’est pas l’endroit d’énumérer ses œuvres. Il y a suffisamment de pseudo-spécialistes pour se disputer les attributions. Peut-être un jour mettra-t-on un peu d’ordre dans ce fatras.

Une contestation amusante surgit en raison du fait que les miniaturistes n’étaient pas considérés comme peintres et n’appartenaient à aucune confrérie. Le corps des peintres poursuivit en justice deux miniaturistes, dont Jacques, pour les obliger à cotiser, sous prétexte qu’ils utilisaient aussi un pinceau. Les peintres affirmaient que des « mignaturistes » avaient été membres de leur confrérie dans le passé et avaient déposé des chefs d’œuvre. Ils en citèrent quatre, dont son père Henri, qui figureraient dans leurs registres. On sait qu’Henri ne remplit jamais les conditions de maîtrise. Il en était peut-être de même pour les autres. Le juge renvoya l’affaire à une date ultérieure en priant les demandeurs de prouver leurs assertions sur la foi de documents. Ils ne le purent et la cause fut éteinte. Le curieux de la situation est que cela prouve bien qu’Henri n’avait pas rempli les conditions pour obtenir la maîtrise qu’il avait sollicitée, alors que son fils, le rebelle du moment, y accéda plus tard.

Un petit interlude est nécessaire ici pour éclairer la lanterne de ceux qui n’ont jamais plongé le nez dans ces âges farouches ou qui ont oublié. Il ne faut pas croire, comme je l’ai lu parfois, que Napoléon fut l’inventeur de la régulation sociale parce qu’un code porte son nom. Il est évident que cette petite brute avide de sang n’avait aucune connaissance en droit et qu’il a confié, pendant qu’il allait tuer, le soin de rédiger ce code à de grands esprits. Il existait, avant cette intervention, outre une application quelque peu altérée du code romain, une réglementation très serrée, touchant tous les individus et les organisations. Le système des corporations est un des plus connus. Je rappelle que les corps de métiers réunissaient ceux qui pratiquaient librement une profession, les autorisant, en particulier, à récolter des « droits » parfois considérables. Pour accéder à la maîtrise, il fallait être passé par l’apprentissage et avoir été reçu comme ‘compagnon’, ce qui valait constat de capacité. Dans de nombreux métiers, artistiques ou techniques, il fallait en outre offrir un ‘chef d’œuvre’ qui permettait de se parer du titre de ‘Maître’, qui est resté de nos jours attaché à certaines professions artistiques et aux avocats, par exemple.

La vie familiale de notre peintre est surtout riche en épisodes humains. Après le décès de l’enfant illégitime de Marie-Claire, il ne se contenta pas de protéger la parturiente, il accepta de légitimer ce petit cadavre par le mariage. Il a montré là beaucoup de délicatesse, comme il en montra peut-être en adoptant son neveu, fruit des galipettes de sa sœur. Il eut huit enfants légitimes dignes d’intérêt pour la plupart. Il faut redire ici qu’ils furent pratiquement tous en bonne santé et qu’il n’y eut plus de jumeaux dans la descendance. Mais il y eut une curieuse répétition, au bout de ce mariage, de ce qui s’était passé au début. Son épouse étant ménopausée et lui-même étant torturé par le démon de midi, à 47 ans, il s’éprit d’une petite couturière lilloise, Marie-Jeanne Bassecour, âgée de 22 ans. Ce qui devait arriver arriva. La grossesse se termina par la mise au monde d’un beau bébé qui fut gratifié des prénoms de Jacques-Louis, lors d’une cérémonie de baptême dont seuls un frère et une sœur de la parturiente furent témoins. Toutefois, l’inscription au baptême faisant foi, le patronyme fut légitimement déclaré van Blarenberghe. L’enfant fut escamoté par les grands parents maternels et on n’en parla plus pendant quarante ans.

Sous la pression de son père, Louis–Nicolas, qui avait 23 ans et une vie de gloire en perspective, épousa le mois suivant l’imprudente Marie-Jeanne, en ignorant ses frasques antérieures, on peut le croire, car il ne reconnut pas l’enfant, comme l’avait fait son père en des circonstances analogues. Cet innocent, quand il arriva à la fin de sa vie, apprit soudain l’existence de cet homme qui était à la fois son frère et le frère de ses enfants. Il obtint une décision de justice déclarant que l’enfant était légitimé par le mariage subséquent. Quelle affaire ! Le père naturel et la mère étaient décédés et la famille Bassecour en avait profité pour se placer au nombre des héritiers de Louis-Nicolas, qui s’était bâti une belle position. Celui-ci fit contre mauvaise fortune, bon cœur. Mais le traître périt avant lui. On ne peut pas exclure, il est vrai, que ce soit tout au contraire Louis-Nicolas qui ait voulu hériter de Jacques-Louis, mort sans descendance.

Louis-Nicolas suivit les traces de son père et devint un peintre plutôt médiocre, à vrai dire, mais un miniaturiste d’une étonnante dextérité. Il profita ainsi de la vogue des tabatières et bonbonnières qui étaient ornées de jolies images, comme les boîtes à biscuits le furent de nos jours. Bien des peintres s’adonnaient à ce genre d’industrie, mais Louis fut parmi les meilleurs. Il y mettait son temps, très surchargé, car il avait l’obligation de remplir son emploi de peintre des ports et des batailles pour le compte des Ministères de la Marine ou de la Guerre. Pendant quelques années où il fut engagé exclusivement à exécuter des tableaux pour orner le cabinet du Roi Louis le seizième, on constate qu’il n’en livrait que deux par an. Il consacrait donc un nombre respectable de mois à réaliser une œuvre, tandis que son fils prenait en charge la clientèle privée.

Parlons de ce fils, plus doué que le père et plus rapide au travail. Il était né en 1750 et fut baptisé Jean-François-Henri-Joseph. Les deux derniers prénoms sont ceux d’un premier fils, en qui Louis voyait son successeur et qui mourut à cinq ans. Cette mort avait été très douloureusement ressentie par le père. Il ne faut pas oublier l’époque que vivent nos personnages, où la naissance d’une fille était regardée comme un coûteux malheur. Les dots à verser pour les marier creusaient les budgets. On tâchait d’en envoyer le plus possible au couvent, où l’entrée coûtait trois fois moins cher ; ou bien, si l’on était trop dépourvu, on laissait un peu vaguer les filles, dans l’espoir qu’elles ‘tombent’ enceintes et que ce soit à l’homme qu’incombe la réparation. Pour les petites paysannes, la solution souvent choisie était de les envoyer en service chez des bourgeois, avec l’espoir, rarement déçu, que leur patron leur fasse un enfant, ce qui rapportait une forte indemnité et un revenu non négligeable à la demoiselle qui pouvait, pendant quelques années, pratiquer le métier très rémunérateur de nourrice, à une époque où on n’avait pas inventé le lait en poudre. Par contre, la naissance d’un fils était considérée comme une bénédiction.

Louis–Nicolas eut aussi un frère tardif, un de ces accidents de la ménopause, Henri-Désiré, né en 1734, dont il fut le parrain. Il faut nous arrêter un instant à ce frère. Que fut-il ? On aurait tendance à répondre : rien ! Il semble n’avoir été qu’un clochard alcoolique, rejeté par sa famille et habitant un quartier pauvre de Paris. Pour certains, il aurait pu être un de ces peintres ou dessinateurs tels qu’on les voit encore de nos jours sur les quais de la Seine ou à la place du Tertre. Mais il n’existe aucune preuve qu’il ait jamais tenu un pinceau en main, en dépit des tentatives, de la part de commentateurs et surtout de marchands, de lui attribuer des œuvres anonymes et douteuses. On peut comprendre ce travers, quand on pense à la grande renommée passée de ce pauvre homme. Une gloire usurpée dont il fut crédité par erreur. Cela mérite d’être conté, car l’histoire est jolie.

J’avais eu l’étonnement, dans les recherches sur ma famille orientale, de constater que, dans ces régions lointaines, Henri-Désiré était considéré comme un des plus grands miniaturistes de tous les temps. On parlait de ses travaux pour l’impératrice Catherine II de Russie, etc. Je n’ai eu que plus tard l’explication de cette méprise.

Ce fut un nouveau curieux remuant qui corrigea cette monumentale erreur. En 1906, L.Quarré-Reybourbon, avec l’aide d’un archiviste, Georgea Tassez, rétablit correctement la généalogie de la famille de peintres, allant jusqu’à dénoncer la fraude sur l’âge de Henri-Joseph. Mais il faut constater que certains s’obstinent dans l’erreur un siècle plus tard.

Le 19ème siècle connut une rage de l’encyclopédie. Tous les rentiers ayant un peu de culture se mirent à rédiger des dictionnaires plus ou moins ciblés sur l’histoire, la géographie, la biographie, l’art ou les sciences naturelles. C’était la course à qui sortirait ses volumes [2 à 12] le premier. J’ai quelques-unes de ces encyclopédies, j’en ai consulté d’autres et on peut aujourd’hui en trouver qui sont numérisées sur le web. On constate que, dans l’ardeur d’arriver au bout de ce lourd travail, la copie fut de rigueur. Il faut bien puiser la science quelque part, que voulez-vous. Plus d’un de ces ouvrages s’arrête à une lettre, car ce travail, réparti sur des années, réclamait une durée que l’auteur n’a pas toujours tenue. Parmi ceux-ci, il y eut Auguste Jal, qui rédigea, sur un ton que lui envieraient bien des journalistes, son Dictionnaire critique de biographie et d’histoire, publié en 1872. Ce Jal avait rêvé de naviguer et s’était engagé dans la Marine, mais il en fut expulsé pour propos séditieux. Son remords de ne pas être devenu marin le poussa à écrire sur la navigation, avec un certain bonheur, et cela lui valut d’entrer au ministère de la Marine où, montant en grade, il devint conservateur des archives. C’est là qu’il tomba sur le nom oublié de van Blarenberghe et lança des recherches le concernant. Le malheur voulut que ce patronyme fût toujours cité sans prénom et que notre Auguste commit l’énorme bévue de confondre Louis-Nicolas avec Désiré, dont il avait trouvé des données privées, comme son mariage ou sa mort lamentables. Louis-Nicolas, homme sans histoire, menant une vie effacée, besogneuse, le nez dans ses pots de couleurs, n’avait laissé aucune trace voyante. Et voilà comment Désiré fut promu, par erreur, au rang de grand miniaturiste du 18ème siècle. En fait, avec son ami Joux, rapin inconnu, il fut un pilier de cabaret et, quand son camarade mourut, il épousa sa veuve et lui fit un fils qui ne vécut pas longtemps dans cette atmosphère. Ce pauvre Désiré a tout raté, même sa mort dans un hôpital pour miséreux.

Louis-Nicolas, dit ‘Le Grand ‘ par ses descendants, n’a vraiment pas brillé par ses vues de batailles, que personne ne voudrait pendre dans son salon, ni par ses quelques vues de ports militaires, qui furent maintes fois recopiées dans son atelier et qui n’ont qu’une valeur anecdotique. Sa peinture de genre, ses mignardises relèvent de l’imagerie et rappellent l’origine de l’art familial qui se complaisait dans l’ornement de carrosses et de mobilier. Ce n’est pas du grand art. Qu’est l’art après tout ? C’est l’ouvrage de l’homme, d’un autre animal ou de la nature qui provoque en nous une émotion. Et quand il s’agit d’un peintre ou d’un musicien, on attend que son œuvre nous traduise sa personnalité, pour autant qu’il en ait une.

L'art se situe dans l'intervalle, mince comme la peau, qui sépare la vérité du mensonge.Sugimori Nobumori

Or, l’art de Louis-Nicolas cherche avant tout à coller à la vérité le plus étroitement possible, jusqu’au détail le plus ténu. Et on peut même dire que dans son besoin de serrer le naturel, il va trop loin, il en rajoute. Les chevaux se cabrent sans arrêt, les ciels se voilent exagérément, les personnages prennent des attitudes théâtrales. Tout cela tente de nous parler, mais est logorrhéique. On sent qu’un certain nombre d’attitudes ou que la reproduction de la nature ont été longuement préparés par esquisses, puis arrêtés une fois pour toutes et reproduits à foison. Cela fait souvent penser à de la décalcomanie. Quant aux miniatures sur boîtes, elles sont trop souvent des natures mortes, des photographies de châteaux ou de jardins publics. Que reste-t-il à admirer ? La minutie, le tour de force, la prouesse. Cela me donne envie de copier ici ce que j’avais écrit après avoir contemplé une quarantaine d’œuvres conservées au Louvre :

‡…Je voudrais, au décours de cette histoire de peintres, sortir de mon rôle et donner un avis d’humeur sur ces derniers. Ils sont entrés dans la carrière quand leurs aînés n’y étaient plus. Je veux parler de cette explosion picturale révolutionnaire de la Renaissance. La comparaison leur est très défavorable. La pauvreté de l’inspiration, le manque total de souffle apparaissent crûment, même si on peut reprocher à un Rubens ou à un Michel-Ange un excès de souffle qui fait parfois sauter le couvercle. Car on trouve plus à boire et à manger dans la grandiloquence que dans la minutie.

Nos peintres ne sont en réalité que des illustrateurs de mignardises, bien incapables de créer en nous le choc émotionnel qui est le but même de l’art. Vous me direz qu’un Brueghel est aussi un illustrateur de son temps, mais il nous a montré des êtres vivants et avec humour, alors que pour les van Blarenberghe, tout le monde il est beau, tout le monde il est marquis.

Qu’éveille en nous l’œuvre de ces peintres? De la curiosité ! Mais la curiosité est-elle une émotion ? Je serais tenté de dire que, dans ce qu’elle a de méticuleux, elle est à l’opposé d’une émotion. Je veux parler de ce sentiment indicible que l’on ressent devant Vermeer, Brahms ou Baudelaire et qui ne tient à rien de déterminé. Chercher la béatitude, à la loupe, devant un van Blarenberghe me paraît une plaisanterie.

Peut-être est-ce sévère, mais je ressens plus d’émotion à déguster un savarin qu’à contempler un van Blarenberghe.

Et je ne parle pas des incroyables erreurs d’ombre, de perspective ou de proportions Cela n’a qu’une importance secondaire et tout le monde n’est pas Rembrandt…‡

J’ajouterai que le travail « à la demande », qui fut toujours celui de L.N. van Blarenberghe, caractérise l’artisanat. L’artiste, lui, traduit sa personnalité dans son inspiration personnelle. Mais L.N. fut un fonctionnaire et, à ce titre, il ne fut jamais reconnu comme peintre.

Louis-Nicolas a eu 7 enfants, si l’on décompte le premier qui n’était pas de lui et le dernier qui tua sa mère en décembre 1751. Ce fut l’accoucheur qui le baptisa dans le ventre de sa mère. Louis, qui était un homme très sensible, s’en voulut de ne pas avoir été présent aux derniers moments d’une femme qu’il avait appris à aimer. Il n’avait que 35 ans, mais ne se remaria point et quitta Lille avec toute sa petite famille, à l’exception des plus petits, confiés à sa mère. Il abandonnait ainsi la pratique fructueuse que lui avait léguée son père. Toutefois il avait consacré beaucoup de temps à suivre les batailles de Louis XV dans la région du Nord et aux Pays-Bas et à en faire des reportages en images. La bataille de Fontenoy l’avait particulièrement marqué et son atelier en peignit les réminiscences tout au long de sa vie. Quant au Roi, ses conquêtes tournèrent en eau de boudin et la France en sortit ruinée.

Entre-temps le héros de notre histoire avait réussi à se faire connaître dans le milieu militaire. Ce sont ces nouveaux protecteurs qui le poussèrent à se rendre à Paris, avec la promesse d’user de leurs relations pour épauler sa carrière. Il déménagea en 1752 et se lança immédiatement dans l’industrie des boîtes précieuses, qu’il ornait de gouaches sur vélin. Il devint rapidement un acrobate du pinceau et créa des pendentifs ou des bagues grouillant de personnages que l’on ne distinguait qu’au moyen d’une forte loupe. Ces objets d’emploi courant ont évidemment disparu en grand nombre. Ceux qui restent sont parfois des réussites remarquables.

Il nous faut maintenant en arriver au fils de Louis, Jean-François-Henri-Joseph. Né en 1750, il était encore un nourrisson quand son père s’installa à Paris. Mais on peut compter qu’il fut un attentif apprenti dès son plus jeune âge. Son instruction et son éducation furent tout à fait négligées, comme il était de tradition dans cette famille, où le quotient intellectuel était en dessous de la moyenne et la culture nulle. Je voudrais ici faire une remarque. J’ai fréquenté bien des artistes, peintres ou comédiens particulièrement, et j’en ai vu beaucoup interviewés à la télévision. J’ai cru pouvoir déduire de ces contacts que l’élan vers l’art va de pair avec une certaine paresse intellectuelle. Léonard de Vinci nous a prouvé qu’il n’en était pas toujours ainsi. Mais il fait figure d’exception.

Je voudrais vous offrir ici une petite gâterie. Je vous transcris littéralement une lettre spontanée du ‘Grand’ Louis Nicolas, bien en cour et fréquentant le gratin :‡… Monsieur, Je vous ay fait atandre bien lontans après votre miniature : mais je ne vous cache poin que je lavais obliee par a sare elle se trouve sous ma mains, je vous Endemande pardon du lontans : vous deve lavoir reçus ou cela ne dois poins tarde. Je vous lenvois sous le contresing du Ministre pour quel vous arive plus surremem. Jay fait ce que j'ay crus necesair. Je ne croi poins vous voir encor cette étée à lille ; je croi que vous a le voir ce mois Bien du changement dans votre garnisons : je ne se point si les troupe sons bien contans ; suive vous toujours la peinture. Les peintres son tille contans cons leur a oté leurs metrise j'y (illisible) tous le Monde poin contans su tous les six cors : je croy pour Moi que tous cela et un bien ; des respe a Madame ; jay l'honneur d'aitre. Monsieur, votre très humble et très obeisant serviteur.Paris, ce 2 avril 1776…‡

Louis-Nicolas, petit personnage parmi les grands, fut en tout cas habile à placer ses enfants. Deux de ses filles entrèrent dans le Saint des Saints de la royauté en devenant berceuses des enfants royaux. Mais en ce qui concerne JFHJ, il y avait une difficulté à surmonter pour le faire entrer au palais à son âge. Louis-Nicolas, quand Madame de Guéméné, avec le contreseing de Louis XVI, lui offrit la fonction en subsistance de maître de dessin des enfants royaux, c’est-à dire des sœurs du roi, déclina cet honneur en raison de l’importance de ses charges ministérielles et de ses déplacements fréquents. Il proposa son fils en qui il avait toute confiance, mais il fut dans l’obligation de le vieillir par un subterfuge qui nous apparaît vraiment dangereux. Il fit endosser à Jean-François l’identité de son regretté premier fils, ce qui le vieillit officiellement de 9 ans. Le nouvel Henri-Joseph entra si bien dans la peau de son personnage qu’il maintint cette usurpation jusqu’à son lit de mort.

Il donna surtout ses leçons à Madame Élisabeth, qui s’avéra douée. Il séduisit la lectrice de son élève et épousa Charlotte Damesme en grande pompe. Elle avait 21 ans et lui, en réalité, 34, mais s’en octroyant 43. Vous voyez que, quand on y regarde de près, à tous les niveaux on triche et on trompe.

Henri-Joseph, plus doué que son père, fut un peu étouffé par le chef de famille qui était le porte-drapeau de la gloire des van Blarenberghe. Il mit plus de vie naturelle et moins de grimaces dans ses œuvres, tout en adoptant une structure moins conventionnelle. Les arbres au tronc nu de hauteur exagérée disparaissent, les chevaux ne se cabrent plus, les personnages ont des gestes moins théâtraux, tout en ayant de la personnalité ; les ciels prennent des teintes possibles. On peut voir ce progrès dès les esquisses crayonnées attribuées à ce peintre. En fait, Louis-Nicolas ne fut qu’un amuseur, alors que son fils est un artiste qui a une personnalité à traduire. C’est à ces subtiles nuances que l’on peut distinguer l’œuvre de ces peintres. Mais l’un et l’autre se laissèrent aller à la mièvrerie appréciée à l’époque. Il fallait bien satisfaire le client…

Quand Henri-Joseph se permit de signer un tableau ‘van Blarenberghe le fils’, on peut se demander si c’est par humilité ou par défi.

Si l’on veut faire un bilan de la production de ce couple de peintres, on peut considérer que la ‘boîte de Choiseul’ est un des trésors de l’humanité. Le reste ne vaut pas tripette.

Je voudrais dire en passant ma déception en ce qui concerne le premier livre de Madame Maillet, si documenté. Je ne parlerai pas des nombreuses erreurs historiques dont la responsabilité incombe à ses conseillers, mais il est regrettable que l’impression des illustrations soit d’aussi mauvaise qualité. Cette étude méritait un meilleur éditeur.

Revenons à la dynastie. J’ai dit plus haut que deux des filles de Louis-N. avaient eu l’honneur de travailler pour la couronne et de bercer ces malheureux enfants de Louis XVI. Je ne sais pas si les années consacrées à changer des langes au moindre pipi ou caca de leurs augustes protégés les a dégoûtées d’avoir des enfants. Toujours est-il qu’elles restèrent célibataires. Quand les enfants royaux ont eu fini de pisser dans leur froc, elles quittèrent le métier, probablement parce que leur intellect n’était pas préparé à d’autres tâches. La cadette, Marie-Elisabeth [1747-1826] disparut dans la nature avec ses économies et, plus tard, sa part d’héritage. Les choses ne furent pas aussi simples pour Catherine [1744-1823], qui se retira dans un patelin campagnard où elle devint gardienne dans un pensionnat de jeunes demoiselles. Survint la Révolution, vous savez bien : ce qui fut, avec Auschwitz, une des pires abominations de l’histoire de l’humanité. Le gouvernement français trouva bon d’organiser des fêtes grandioses pour marquer le 200ième anniversaire de cette horreur qui n’aboutit qu’à créer une dictature qui ensanglanta toute l’Europe. Je vous promets qu’un jour on fêtera Treblinka, quand l’Islam aura terminé sa conquête de l’Occident en tirant avec des utérus plutôt qu’avec des canons.

Mais revenons à notre sujet. Les créateurs de la République Une et Indivisible cherchèrent noise à la pauvre Catherine, pour avoir été une employée du tyran et une amie des curés. On la fourra en prison pour toute une année et on lui rafla ses économies cachées dans un tiroir. Sa cousine germaine avait épousé un fileur de lin ou de chanvre, riche industriel, qui se dévoua pour prétendre que l’oseille lui appartenait et qu’il l’avait fourguée chez sa cousine pour la mettre à l’abri. En vain. C’est tout juste si on ne l’a pas poursuivi pour avoir voulu mettre ses sous à l’abri des honnêtes révolutionnaires. Au bout d’un an, il y eut procès et c’est une pétition des habitants de son village qui permit à Catherine de sortir du cachot, non sans qu’elle ait, dans une palinodie vomitive rédigée par son avocat, assuré le tribunal de ses sentiments révolutionnaires, de sa haine du tyran et de sa passion pour la République Une et Indivisible. Finalement, elle récupéra son trésor, qui fut restitué à son cousin.

Continuons le fil des générations. Ce brave Louis-Nicolas, que la trouille avait poussé à se réfugier à Fontainebleau après avoir brûlé les papiers de famille de peur d’être reconnu comme aristo et de pendre à une lanterne, mourut de sa belle mort le 1ermai 1794. Henri-Joseph continua leur œuvre avec un certain talent, mais se réfugia à Lille, terre des ancêtres. Il y fut bien accueilli et on lui confia le soin d’y garnir le Musée avec les oeuvres d’art que les massacreurs révolutionnaires et impériaux avaient volées par charrettes entières, particulièrement en Belgique et en Italie. Il se fit un honneur de ne rien restituer. Le temps des bonbonnières étant révolu, les tâches administratives étant absorbantes, la production artistique de ce peintre fut très réduite pendant cette longue période postrévolutionnaire. Il donna des leçons de dessin.

Je crois aussi que l’élan artistique était brisé après la perte de son tuteur et que sa mentalité fut celle d’une fin de règne des van Blarenberghe. Il eut deux filles et on sait le peu de cas que l’on en faisait à son époque. Le nom tombait ainsi en quenouille. Il habilla Diane-Hélène [1786-1853] en garçon et lui enseigna la peinture. Elle montra un vrai don, mais fut plus préoccupée de futilités que d’une carrière. Elle donna des leçons particulières de dessin.

Tandis que Napoléon traînait les pieds près de Moscou, elle tomba amoureuse d’un habitant d’Amsterdam et l’épousa avec une certaine gêne, le 29/11/1812. Il s’appelait Alexandre-Charles Torchon [1777-1853]. C’était un expert financier qui ne tarda pas à devenir directeur des contributions à Lille. Grâce à son beau-père, il obtint la concession des dépôts de tabac. Mais il vivait un peu en prince consort et se faisait appeler du nom de sa femme, qui, mariée à 26 ans, tard pour l’époque, avait eu le temps de se faire une place dans la société lilloise. D’autre part, ses enfants se faisaient probablement abreuver de quolibets. Il prit ombrage de cette situation et, par quelques actions judiciaires bien menées, il obtint de garder son nom d’emprunt et de le transmettre à ses enfants. Et voilà un joli coup qui remet en selle le nom des van Blarenberghe. Il devait finir tragiquement.

Ce couple eut deux enfants. Alexandrine-Charlotte épousa un médecin militaire, professeur à l’université, Joseph-Auguste Fabre. Vous en verrez une photo amusante, certainement impromptue, car vous remarquerez qu’il tient sa casquette de la main gauche, alors que la droite lui sert à maintenir son gilet dont le bouton a sauté quand il s’est assis. Les Fabre n’eurent que deux filles. On voit ici l’évolution des esprits et le désir des femmes de ne plus être des reproductrices à la chaine.

Le deuxième enfant fut un garçon. Henri-François [1819-1906] fit de brillantes études d’ingénieur des ponts et chaussées et devint directeur des chemins de fer de l’Est, officier de la légion d’honneur, etc. Cet excellent homme fut, à l’occasion de la construction d’une voie ferrée en Russie, en relation avec sa famille lointaine, dont un général célèbre et un ministre de la justice, grand-père de l’auteur de ces lignes, qui espère avoir le temps et le courage de vous conter cela un jour. Henri épousa une veuve Amélie Brunet, qui n’avait pas son éducation, et qui lui donna un fils, également prénommé Henri. Voilà les personnages du drame.

Henri-François avait précieusement serré dans une armoire, dont il était seul à posséder la clé, une collection d’œuvres de ses ancêtres. Il en était à ce point avare qu’il refusait de les prêter aux expositions, de crainte que l’une d’elles ne fût endommagée. C’était obsessionnel. Il mourut très âgé, non sans avoir, quelques années plus tôt, fait un don notarié de son trésor à sa femme et à son fils célibataire, avec recommandation de léguer ces objets au musée du Louvre. Que se passa-t-il après sa mort ? Amélie a-t-elle vendu certains objets ? Toujours est-il qu’Henri junior a fui la maison et a erré pendant des mois en montrant les signes d’un profond désarroi. Comme son père, il était ingénieur et avait une magnifique situation. Après ces mois d’égarement, Henri rentra chez lui, poignarda sa mère, puis se suicida avec des armes diverses, car il se rata plusieurs fois. Ce drame fut raconté par Proust, le romancier divagant, dans un article paru dans la presse.

‡…En m'éveillant je me disposais à répondre à Henri van Blarenberghe. Mais avant de le faire, je voulus jeter un regard sur le Figaro,…et je commençais avec calme la lecture d'un fait divers que son titre : « Un drame de la folie » pouvait rendre particulièrement propre à la vive stimulation des énergies matinales, quand tout d'un coup je vis que la victime, c'était Mme van Blarenberghe, que l'assassin, qui s'était ensuite tué, c'était son fils Henri van Blarenberghe, dont j'avais encore la lettre près de moi, pour y répondre : « Il faut espérer toujours... Je ne sais ce que me réserve 1907, mais souhaitons qu'il nous apporte un apaisement », etc. Il faut espérer toujours ! Je ne sais ce que me réserve 1907 ! La vie n'avait pas été longue à lui répondre.

« En arrivant au palier qui interrompt la course de l'escalier entre le premier et le second étages, dit le Matin, ils (les domestiques que dans ce récit, peut-être d'ailleurs inexact, on n'aperçoit jamais qu'en fuite et redescendant les escaliers quatre à quatre) virent Mme van Blarenberghe, le visage révulsé par l'épouvante, descendre deux ou trois marches en criant : «Henri ! Henri ! qu'as-tu fait ! » Puis la malheureuse, couverte de sang, leva les bras en l'air et s'abattit la face en avant... Les domestiques épouvantés redescendirent pour chercher du secours. Peu après, quatre agents qu'on est allé chercher, forcèrent les portes verrouillées de la chambre du meurtrier. En dehors des blessures qu'il s'était faites avec son poignard, il avait tout le côté gauche du visage labouré par un coup de feu. L'œil pendait sur l'oreiller. »

Malgré ses horribles blessures, Henri van Blarenberghe ne meurt pas tout de suite. Et je ne peux m'empêcher de trouver bien cruel (quoique peut-être utile, est-on si certain de ce que fut en réalité le drame?) le geste du commissaire de police. « Le malheureux n'est pas mort. Le commissaire le prit par les épaules et lui parla : « M'entendez-vous ? Répondez ». Le meurtrier ouvrit l'œil intact, cligna un instant et retomba dans le coma. » A ce cruel commissaire j'ai envie de redire les mots dont Kent, dans la scène du Roi Lear, arrête Edgar qui voulait réveiller Lear déjà évanoui : « Non ! Ne troublez pas son âme ! Oh ! Laissez-la partir ! C'est le haïr que vouloir sur la roue de cette rude vie l'étendre plus longtemps. »

Le fin mot de l’histoire a été trouvé dans le compte-rendu objectif paru dans le « Figaro ». Ce malheureux tueur était en traitement psychiatrique pour des accès répétés de folie maniaque, dont il était affecté depuis l’enfance. La mort de son père a été un facteur déclenchant.

Voilà donc la fin des van Blarenberghe, une tragédie antique qui a tué un nom au delà des protagonistes.

Mais je puis encore vous parler de la deuxième fille de Henri-Joseph, Alexandrine-Eugénie. L’histoire ici reste désolante, mais moins tragique. Elle était musicienne, jouant de divers instruments et vivant de ses leçons de musique, comme sa sœur vivait de ses leçons de dessin. Née en 1790, elle avait trente ans quand elle s’est mariée. Elle s’était éprise d’un charmant poète, Carlos Dathis.

L’histoire de ce nom est amusante. Attiches est un hameau situé au sud de Lille et qui n’a certes rien d’une principauté. Venant de là, un enfant trouvé fut baptisé sous le nom ‘Dattiche’, ce qui était coutumier pour ces petits abandonnés, si nombreux à l’époque. Un de ses descendants, un charpentier prénommé Charles, quand il eut pris un peu d’âge, trouva ce patronyme un rien gênant et se maria, exactement le 16 avril 1653, sous le nom ‘d’Athis’, à la grande satisfaction de sa promise, Antoinette Decoster. C'était le nom usurpé d'une ancienne grande famille ayant participé aux croisades, aussi les descendants montrèrent-ils moins de prétention et plus de prudence en orthographiant leur nom Dathis. La Révolution ne les engagea pas à changer d’attitude. Mais dans notre monde nageant dans le jacobinisme et le gauchisme, il est bon de se distinguer par une particule. Aussi, quand, au milieu du 20e siècle, un membre de la famille se découvrit un ancêtre d’Athis, il n’eut rien de plus pressé que d’ester en justice pour se faire attribuer ce joli nom, qui fait penser au chevalier blanc des romans roses. Il s’ensuivit des procès en cascade par d’autres descendants. Quelle jolie histoire ! Cela me rappelle “ Bel Ami” de Maupassant, qui décida de s'appeler du Roy et me donne à penser à ma propriétaire, qui est une pure flamande dont le nom est Dedecker, ce qui signifie Lecouvreur et qui utilise un papier à en-tête au nom « de Decker ».

La vie de Carlos fut très malheureuse. Atteint de tuberculose, il mit tous ses biens à la disposition de sa famille, puis tenta plusieurs cures vaines. Passionné de poésie, il aima aussi la natation, ce qui lui a permis de participer au sauvetage d’un enfant qui se noyait. C’est une figure pitoyable et sympathique. Cinq ans plus tard, il mourut de sa maladie. Il laissa deux enfants. Henriette naquit en 1820 et épousa, à 23 ans, Jules César Alexandre Decroix. Derrière cette série de prénoms un peu ridicule se cachait un homme de bien et de grand mérite qui fonda une banque et la lança si bien qu’elle tint près d’un siècle avant de se faire avaler par un plus gros poisson. Cette longue lutte est fort bien racontée par son descendant Philippe Decroix, dont on peut regretter que le don d’écrivain et la qualité de la langue n’aient pas servi une œuvre moins confidentielle.

Carlos et Eugénie eurent également un fils, Henri, qui mourut tragiquement en se suicidant à la suite d’une débâcle financière. On raconte qu’il se tira deux balles de pistolet dans le ventre. Il me semble que même l’idiot du village ne commettrait pas un geste aussi absurde, qui lui valut une longue et douloureuse agonie. J’en conclus que l’on a dû camoufler un meurtre… Je vais trop loin ? En tout cas, on peut dire que l’histoire connue de cette famille manque de sourires… » demander autorisation à http://www.decroixvaucottes.com

Jan van BLARENBERGHE

&1600 Suzanne LIEBAERT

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Jooris van BLARENBERGHE 1615-1670

Mary COOLEN 1609-1685

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Hindrick van BLARENBERGHE 1646-1712

&1690 Jacqueline van der KAMPT †1710

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Jacobus-Guilelmus van BLARENBERGHE 1691-1742

&1713 Marie Claire DELEMOTTE †1763

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Louis-Nicolas van BLARENBERGHE 1716-1794

 

Henri-Désiré van BLARENBERGHE 1734-1812

&1739 Marie-Jeanne BASSECOUR

 

 

Le fondateur était

 Jooris van Blarenberghe (1612-1670)

L'influence de la peinture flamande est très marquée chez les deux premiers peintres de la dynastie,

Dont : Hendrick van Blarenberghe (1646-1712)

Jacques-Wilhelm van Blarenberghe(v. 1679-1742) , 

natif de Leyde et fixé à Lille, 

était déjà peintre de batailles. 

Dont : Jacques-Guillaume van Blarenberghe 

(23 janvier 1691-30 avril 1742, inhumé le 1° mai 1742 à Lille-Saint André)

peintre de bataille

Van Blarenberghe Jacques Guillaume

se fait encore sentir chez

Chateau de Veretz aux Lenglart Prouvost peint par Van Blarenberghe

Vue du château de Veretz (qui appartient aux Lenglart-Prouvost)

Blarenberghe


"Il peint notamment des miniatures et des panoramas. La majorité de ses œuvres sont à la gouache, mais il utilise également la pierre noire, l'aquarelle, ou la peinture à l'huile.

Spécialiste des scènes de batailles, en tant que peintre militaire, il peint des situations de batailles pour l'armée de terre ou des ports militaires tel celui de Brest pour la marine, avant la révolution française. Durant la révolution française il peint la prise de la Bastille, ainsi que le bal de la Bastille qui s'y déroule l'année suivante.

Il dessine et peint plusieurs scènes de la vie de son époque, à la façon flamande, avec de grands paysages ou de nombreux personnages s'affairent lors d'une fête ou sur leur lieu de travail. Spécialiste des peintures miniatures, il excelle dans les détails des personnages sur ses peintures. Activité dans les ports, scène de kermesse, patinage sur glaçe, vie au château de Versailles, scène d'arrestation de filles publique ou bien encore vie dans les maisons, restent des témoins importants de la vie de cette époque.

Il peint également des châteaux, comme celui de Chanteloup, et la pagode de son jardin.


Henri-Désiré van Blarenberghe (Lille 1734 – Paris 1812), frère de Louis-Nicolas, fut également son élève et adopta lui aussi sa manière.

Diane-Hélène van Blarenberghe(20 février 1786-4 septembre 1853),

dernière peintre de la dynastie, adopte quant à elle un style parfaitement français.

Son parrain était Louis XVIII et Elisabeth de Bourbon, sa marraine était Diane, Comtesse de Polignac (1742-1817)

La soeur de Diane était Eugénie van Blarenberghe (1790-1864)

Hindrick van BLARENBERGHE 1646-1712   Jacqueline van der KAMPT †1710             | - 1690 - |            




            |             Jacobus-Guilelmus van BLARENBERGHE 1691-1742   Marie Claire DELEMOTTE †1763         | - 1713 - |        




        |         Louis-Nicolas van BLARENBERGHE 1716-1794   Marie-Jeanne BASSECOUR     | - 1739 - |    




    |     Henri-Joseph van BLARENBERGHE 1741-1826   Charlotte-Rosalie DAMESME †1837 | - 1781 - |




| Eugénie-Alexandrine van BLARENBERGHE 1790-1864

Epouse de Charles Dathis (1795-1826), Licencié en droit, négociant, poète, frère d’Henriette Dathis qui épousa Prosper Derode, grands parents de Louise Virnot-Derode.

Charles et Eugénie eurent Marie qui épousa le 3 août 1843 Jules Decroix, né le 7 avril 1818 à Lille décédé le 3 juillet 1889 (à l'âge de 71 ans), banquier, fondateur de la Caisse commerciale de Lille, juge au tribunal de commerce, vice-président de la chambre de commerce de Lille,

Dont le père . Louis François Joseph Decroix né le 03/01/1780 et meurt le 09/05/1862, en 1805, Julie Beaussier, née en 1785, second fille de son cousin germain Beaussier-Mathon; son père était un gros négociant et fut député à la chambre Introuvable en 1816 (Ultras, Chambre introuvable; du 14-22 août 1815 au 5 septembre 1816.Élection de 1815 : Reconduits dans cette « Chambre introuvable », les Ultras poursuivent leur œuvre (réinstaller la monarchie absolue, répression, règlements de comptes). Louis XVIII doit lui-même dissoudre cette chambre excessive qui l'effraie le 5 septembre 1816 pour couper à la reprise de la Terreur légale, les excès ultras menaçant la stabilité même du royaume et de la Restauration, allant jusqu'a faire craindre une nouvelle révolution." Cette Chambre, que dans les premiers temps le roi qualifia d'introuvable, se montra folle, exagérée, ignorante, passionnée, réactionnaire, dominée par les intérêts de caste ", tel en est la définition de la comtesse de Boigne. Bien décidé à se défaire de cette Chambre devenue impossible, d'autant que l'empereur de Russie lui-même menace de laisser ses troupes en France si le roi ne renvoie pas de tels députés, Louis XVIII admet : "Ils finiraient par m'épurer moi-même. " A l'annonce de la dissolution, la rente monte aussitôt de trois points... Après un an passé à institutionnaliser la "Terreur blanche" et à tenter de forcer la marche du pays vers l’Ancien Régime, la "Chambre introuvable" est dissoute par Louis XVIII. Plus royaliste que le roi, cette chambre a prôné l’exécution ou l’exil des "traîtres" des Cent Jours, muselé la presse et surtout créé des tribunaux spéciaux : les Cours Prévôtales. Plus modéré et épaulé le Duc de Richelieu et Decazes, Louis XVIII mise sur l’élection d’une chambre plus modérée susceptible de ramener la sérénité en France. ).Louis Eustache entra dans la maison de commerce de son beau-père. Paralysée des jambes à la suite d'un accident, Julie Beaussier, effectua un voyage homérique dans le midi de la France pour y suivre un traitement, à base de bains de vin, qui, paraît-il, la guérit.

Dont descend la journaliste Faustine Farragi-Bollaert

faustine Bollaert descendante des Van Blarenberghe Decroix

Charles Dathis était le  frère d’Henriette Dathis qui épousa Prosper Derode, grands parents de Louise Virnot-Derode

Prosper Derode buste en bronze

prosper derode 1790-1859      henriette dathis

 

Parmi leurs 7 enfants, Prosper fut négociant, président du Tribunal de commerce de Lille

épousa Céline Cuvelier, cousine germaine de la marquise de Ségur, belle fille de la célèbre Comtesse-écrivain.

Henri Raymond "Eugène", Comte de Ségur 1798-1863/1869

 

Sophie ROSTOPCHINE, Comtesse de Ségur 1799-1874

 

Henri Albert Joseph CUVELIER 1800-1861

 

Julie Louise BERNARD 1808-1882

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Anatole de SÉGUR, Marquis 1823-1902

 

Cécile CUVELIER 1830-1885

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Pierre-Marie, Comte de Ségur 1853-1916

 

 

 

 

Louis Augustin Joseph DATHIS 1734-1780

Directeur de la Chambre de Commerce de Lille

Dathis_Louis_Joseph_Dathis
& Marie-Rose Joseph BERNARD 1738-1803

 

 

 

 

 

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Cécile CUVELIER 1830-1885
&1851 Anatole de SÉGUR, Marquis 1823-1902

 

 

 

 

 

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Pierre-Marie, Comte de Ségur 1853-1916

 

L'hotel Virnot, rue de Gand à Lille, fut celui des Cuvelier dont la fille épousa le marquis de Ségur:

Escalier rue de Gand hotel Cuvelier puis Virnot

Comtesse de Segur

derode-cuvelier

 Pauline Derode (1847-1896) épousa le baron Jules Meunier, petit fils du peintre Jacques Louis David, notaire et maire de Lille

Baron Meunier par David

Le baron Meunier, père, par Jacques Louis David

Lucien Jules Derode est né le 02.11.1850 à Lille. Il est négociant en denrées coloniales, banquier et Président de la Chambre de Commerce de Paris de 1903 à 1905. Il est Membre du Conseil d'Escompte de la Banque de France IVème Siège du 27.06.1889 au 30.01.1908 et Censeur de la Banque de France IIème Siège du 30.01.1908 à sa mort. Il épouse Marguerite Octavie Tourangin, née en 1861, fille d'Arthur Tourangin, Préfet, et d'mma Odru. Lucien décède le 26.02.1919 à Paris, au 44 rue Henri Martin. Ses obsèques ont lieu le 01.03.1919 en l'Eglise Saint-Honoré-d'Eylau.

 

invitations Virnot dans l hotel place Saint Martin Lille 2  invitations Virnot dans l hotel place Saint Martin Lille 1

Au XVIII° et XIX° siècle, les familles Virnot et Lenglart entretenaient des relations constantes avec les artistes : voici une liste d’invités à un opéra donné en l’hôtel Virnot, place Saint Martin à Lille : on y voit les Van Blarenberghe.

urbain_dominique     Charles Lenglart Van Nuffel

place saint Martin a Lille Hotel Virnot

Sur le plan artistique, Charles Lenglart entretient des relations avec Jacques-Louis David,Jacques Louis David Piat-Joseph Sauvage, Piat-SauvageNoel Lemire, Noel LemireJan Garemijn,Jan Garemijn Louis- Nicolas van Blarenberghe Van Blarenberghe; il est lui-même peintre amateur et se montre attentif a la vie de l’école de dessin au sein de laquelle il remplit le rôle de commissaire a partir de 1782.

La collection Lenglart comportait, outre des œuvres de peintres nationaux et européens, des œuvres d'artistes régionaux que Charles Lenglart encouragea toute sa vie. Parmi ces derniers, on remarque les noms de Louis-Nicolas Van Blarenberghe, François Eisen, Depelchin et Jean-Baptiste Dusillion qui ne sont cependant représentés que par une ou deux œuvres chacun. Le cas des Watteau de Lille est tout a fait différent puisqu' a la fin du XIXe siècle, un état estimatifs de la collection après un premier partage ne mentionne pas moins de vingt tableaux et environ cent-cinquante dessins de Louis Watteau ainsi que quatre peintures et une cinquantaine de croquis de François. L'autre moitié de cet ensemble unique comprenait a peu près les mêmes quantités d'œuvres des Watteau de Lille. L'essentiel de la collection a cependant été disperse lors de trois ventes qui eurent lieu en 1879, 1902 et 1909. En dehors des inventaires prives qui res tent difficiles d'accès, le catalogue de 1'exposition Watteau organisée a Lille en 1889 par Paul Marmottan donne un bon aperçu de ce que contenait la collection Lenglart encore a cette date.

Né en 1740, Charles Lenglart, beau frère de Catherine et Seigneur de Lannoy et de Plancques, Chevalier du Lys par le roi Louis XVIII le 26 juillet 1814, Trésorier de la ville de Lille, Echevin, négociant, futur conseiller municipal, président du canton de 1813 à 1816, député de la ville de Lille au sacre de Napoléon, conservateur du musée de Lille. est a la fois le petit-fils d'un avocat au Parlement de Flandre, Grand Juge de la Chambre consulaire de Lille et 1'unique fils d'un des plus importants négociants de dentelles de Lille. A la mort de son père en 1766, il reprend I'activité paternelle a laquelle il ajoute celle de banquier. II semble avoir possédé des revenus confortables mais ne se range pas parmi les premières fortunes de la ville76. Apres une vie qui parait avoir été paisible dans l'ensemble en dépit de 1a période révolutionnaire, il meurt en 1816., Il épouse en 1767, Marie Anne van Nuffel, issue de la noblesse bruxelloise. 

 

La collection Lenglart fut largement transmise jusqu'à nos jours à leurs descendants, mais firent aussi l'objet de trois importantes ventes aux enchères dont voici l'une d'elle ; parmi les œuvres, celles de Van Blarenberghe : une miniature atteint un prix record de la vente.

Vente Tableaux Lenglart Lille 1   Vente tableaux Lenglart Lille

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